Thèse Mécanismes d'Intégration Multisensorielle dans la Construction du Sentiment d'Appropriation Corporelle H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Paris Nanterre École doctorale : Sciences du Sport, de la Motricité et du Mouvement Humain Laboratoire de recherche : Laboratoire Intéractions Cognition Action Émotion Direction de la thèse : Rocco MENNELLA ORCID 0000000341538854 Début de la thèse : 2026-10-19 Date limite de candidature : 2026-10-11T23:59:59 Ce projet de thèse s'intéresse à la façon dont notre cerveau construit le sentiment d'appropriation corporelle, c'est-à-dire l'expérience subjective que notre corps nous appartient (Ehrsson, 2020). Pour étudier ce phénomène, il s'appuie sur l'illusion de la main en caoutchouc (Botvinick & Cohen, 1998) : en synchronisant des stimulations visuelles et tactiles appliquées respectivement sur une fausse main visible et sur la main réelle cachée du participant, il est possible d'induire expérimentalement le sentiment que la fausse main appartient à son propre corps. Ce projet s'inscrit dans le cadre de la théorie de la prédiction-confirmation (Heurley et al., 2024), selon laquelle ce sentiment émerge lorsque le cerveau génère une prédiction sur le contact tactile à venir à partir de ce qu'il voit, à condition que cette prédiction soit effectivement confirmée par le toucher ressenti. Trois axes complémentaires sont poursuivis. Le premier examine dans quelle mesure différentes formes d'incongruences entre ce que le participant voit et ce qu'il ressent - portant sur la synchronie, la localisation, la direction ou la texture de la stimulation - affectent l'intensité de ce sentiment d'appropriation. Le deuxième teste si ce processus prédictif peut également opérer en sens inverse : lorsque le participant ressent d'abord un contact sur sa main réelle avant de voir le pinceau sur la fausse main. Ce signal tactile perçu en amont est-il suffisant pour anticiper le contact visuel à venir et ainsi entretenir le sentiment d'appropriation corporelle ? Le troisième axe cherche à identifier quels paramètres du mouvement d'approche du pinceau vers la fausse main - comme sa vitesse, sa trajectoire ou la nature de l'objet utilisé - permettent au cerveau de construire une prédiction tactile précise et efficace. L'ensemble du projet repose sur le même dispositif expérimental, garantissant la comparabilité des données entre les axes, ainsi que leur indépendance. Le sentiment d'appropriation corporelle - l'expérience subjective qu'un corps ou une partie de celui-ci appartient à soi-même - constitue un pilier fondamental de la conscience de soi et de notre interaction avec l'environnement (Ehrsson, 2020 ; Gallagher, 2000). Il se distingue du sentiment d'agentivité, défini comme la perception d'être à l'origine de ses propres actions (Tsakiris & Haggard, 2005), et repose sur l'intégration de signaux sensoriels multimodaux visuels, tactiles et proprioceptifs. Le paradigme expérimental de référence pour étudier et manipuler ce sentiment est l'illusion de la main en caoutchouc (Rubber Hand Illusion ; Botvinick & Cohen, 1998), qui permet d'induire expérimentalement un sentiment d'appropriation envers un membre artificiel. Cette appropriation est induite en synchronisant des stimulations visuelles et tactiles appliquées respectivement sur la fausse main et sur la main réelle cachée du participant. Les modèles classiques font dépendre ce sentiment du respect de règles de congruence temporelle, spatiale, directionnelle et tactile entre ces signaux : un décalage de 200 à 300 ms entre stimulations visuelle et tactile suffit à altérer significativement l'illusion (Chancel & Ehrsson, 2020 ; Tsakiris & Haggard, 2005), tout comme une distance ou une orientation incompatible entre la fausse main et la main réelle (Ehrsson et al., 2004 ; Kalckert & Ehrsson, 2014) ou, de façon plus modérée, une incongruence directionnelle et tactile (Ward et al., 2015). La fausse main doit par ailleurs présenter une ressemblance physique suffisante avec une main humaine pour pouvoir être incorporée dans la représentation corporelle (Ehrsson, 2020).
Une évolution théorique majeure propose de dépasser ce modèle purement réactif en adoptant un cadre prédictif et bayésien. Selon la théorie du codage prédictif (Friston, 2005, 2010), le cerveau génère en permanence des prédictions sur les événements sensoriels futurs à partir de modèles internes, et met à jour ces représentations en fonction des erreurs de prédiction selon les règles de l'inférence bayésienne, qui pondère chaque source d'information par sa fiabilité relative. Appliqué à l'appropriation corporelle, ce cadre postule que le sentiment d'appropriation émerge d'un processus d'inférence causale : le cerveau estime la probabilité que les signaux sensoriels disponibles proviennent d'une même cause corporelle (Chancel et al., 2022 ; Samad et al., 2015). La théorie « prédiction-confirmation » (Heurley et al., 2024) formalise ce processus dans le cadre de l'illusion de la main en caoutchouc : le cerveau génère, à partir du mouvement d'approche du pinceau visible vers la fausse main, une prédiction précise sur le moment et le lieu d'un contact tactile attendu ; lorsque la stimulation réelle confirme cette prédiction, les signaux sont intégrés comme provenant d'une cause commune et le sentiment d'appropriation émerge même lorsque le contact visuel sur la fausse main est occulté, pourvu que le mouvement d'approche reste visible (Chancel et al., 2021 ; Heurley et al., 2024).
Le profil recherché
Le ou la candidat·e devra être titulaire d'un master (ou équivalent) en STAPS, psychologie, sciences cognitives, sciences comportementales ou disciplines connexes. Une formation solide en méthodologie expérimentale et en statistiques est attendue, ainsi qu'un intérêt marqué pour l'étude du schéma corporel et de la plasticité des représentations corporelles.
Compétences requises
- Chimie