Thèse Commerce Alimentaire Préférences et Émissions Mesurer et Agir en Europe H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Paris-Saclay GS Biosphera - Biologie, Société, Ecologie & Environnement, Ressources, Agriculture & Alimentation École doctorale : Droit, Economie, Management Laboratoire de recherche : PSAE - Paris-Saclay Applied Economics Direction de la thèse : Christophe GOUEL ORCID 0000000239465222 Début de la thèse : 2026-09-01 Date limite de candidature : 2026-06-30T23:59:59 Ce projet vise à déterminer le rôle qu'une réforme des politiques agricoles et commerciales, ainsi qu'une évolution réaliste des préférences alimentaires, pourraient jouer dans la réduction de l'empreinte carbone de l'alimentation. Le projet met le commerce international agricole au centre de l'analyse afin d'identifier les effets à distance et de mesurer les impacts sur l'empreinte environnementale globale, en complément des inventaires nationaux. L'approche articule un diagnostic rétrospectif en empreinte avec un modèle mondial de commerce agricole intégrant les émissions de la ferme et des changements d'usage des terres. Le système alimentaire mondial représente environ un tiers des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (Crippa et al., 2021). Pourtant, les politiques de décarbonation du secteur agricole et alimentaire restent encore fragmentaires, en comparaison avec celles mises en oeuvre dans les secteurs de l'énergie et de l'industrie.
La littérature identifie deux grandes familles de leviers d'atténuation. Du côté de l'offre, les leviers portent sur l'amélioration des pratiques agricoles, la gestion des intrants, les rotations, la séquestration du carbone dans les sols et les innovations technologiques. Du côté de la demande, ils concernent principalement l'évolution des régimes alimentaires et la réduction du gaspillage, avec des co-bénéfices potentiels pour la santé.
Le projet se situe à l'intersection de plusieurs champs scientifiques : économie du commerce international, économie agricole, économie de l'environnement, écologie industrielle et sciences du sol. Il s'inscrit dans le renouveau récent des modèles de commerce agricole (Costinot et al., 2016), tout en cherchant à dépasser certaines limites des approches existantes, notamment leur faible articulation avec l'économie agricole appliquée et les données détaillées sur les émissions.
L'originalité du projet tient principalement à trois éléments :
* la mise au centre du commerce international pour analyser les émissions liées à la consommation alimentaire européenne ;
* l'utilisation d'une approche en empreinte carbone, complémentaire des inventaires territoriaux ;
* l'articulation entre analyse entrée-sortie, modélisation du commerce agricole, données d'émissions et scénarios de changement de préférences alimentaires. L'objectif général de la thèse est d'analyser le rôle des préférences alimentaires, des politiques agricoles et des politiques commerciales dans la réduction de l'empreinte carbone de la consommation alimentaire de l'Union européenne.
Plus précisément, la thèse vise à :
1. Mesurer l'évolution de long terme de l'empreinte carbone de l'alimentation européenne, en distinguant les effets liés aux régimes alimentaires, au commerce international, aux techniques de production et aux changements d'usage des terres.
2. Évaluer le rôle du commerce international dans les émissions associées à la consommation alimentaire, en tenant compte des émissions incorporées dans les importations et des effets à distance des choix de consommation européens.
3. Analyser les effets des politiques agricoles et commerciales sur les émissions mondiales, notamment à travers les protections aux frontières, les soutiens agricoles et leurs possibles effets de fuite carbone, de compétitivité et de sécurité alimentaire.
4. Étudier le potentiel d'atténuation associé à une évolution réaliste des préférences alimentaires, en mobilisant des estimations issues du projet PREFALIM sur les élasticités de demande et la malléabilité des préférences.
5. Développer un modèle mondial de commerce agricole intégrant les émissions agricoles et les changements d'usage des terres, afin de simuler différents scénarios de politiques publiques et de changements alimentaires. La thèse reposera sur une combinaison de méthodes empiriques, comptables et de modélisation.
Dans une première étape, le doctorant construira un bilan rétrospectif de l'empreinte carbone de l'alimentation européenne sur longue période. Cette analyse s'appuiera sur la base FABIO (Bruckner et al, 2019) pour la structure entrée-sortie en volumes, FAOSTAT pour les émissions agricoles au niveau de la ferme, et le modèle OSCAR pour les émissions associées aux changements d'usage des terres. Ces données seront combinées dans une base entrée-sortie avec extension environnementale.
Cette première étape mobilisera des méthodes de calcul d'empreinte carbone et de décomposition structurelle (Dietzenbacher et Los, 1998; Millet et Blair, 1998) afin d'identifier les contributions respectives des changements de régimes alimentaires, du commerce international, de la structure productive et des facteurs techniques à l'évolution des émissions.
Dans une deuxième étape, la thèse développera un modèle mondial de commerce agricole. Ce modèle reprendra certains éléments des travaux antérieurs de l'encadrant, notamment Gouel et Laborde (2021), mais sera adapté aux questions d'atténuation climatique. Il sera calibré sur les données issues de la première étape et intégrera une représentation détaillée de la production agricole mondiale, du commerce international et des émissions associées.
La production agricole sera représentée à l'aide d'une adaptation de l'approche multinomial logit appliquée à l'allocation des terres agricoles (Carpentier et Letort, 2014). Cette approche permettra de mieux tracer les surfaces cultivées et de calibrer le modèle sur des estimations récentes d'élasticités d'offre.
Dans une troisième étape, le modèle sera utilisé pour conduire deux exercices principaux de simulation :
1. Analyse des politiques agricoles et commerciales : intégration des politiques existantes dans le modèle, construction de faits stylisés sur leur niveau et leur structure, puis simulation de réformes afin d'en évaluer les effets sur les émissions mondiales.
2. Analyse des préférences alimentaires : utilisation des résultats du projet PREFALIM sur les élasticités de demande et la malléabilité des préférences alimentaires pour simuler les effets de changements réalistes de régimes alimentaires européens. Le modèle sera spatialisé sur grille afin de représenter correctement les effets sur l'usage des terres et le carbone des sols.
Le profil recherché
Le candidat devra disposer d'une formation solide en sciences économiques, avec un intérêt marqué pour l'économie agricole, l'économie de l'environnement, le commerce international et l'analyse des politiques publiques. Une bonne maîtrise des outils quantitatifs est attendue, en particulier en traitement de données et en modélisation appliquée.
Le projet requiert un goût prononcé pour le travail empirique et la manipulation de bases de données de grande dimension.
Le candidat devra être à l'aise avec la programmation scientifique, notamment sous R. Une expérience avec GAMS, Python, Git, Markdown ou les outils de science ouverte constituera un atout. Une attention particulière sera portée à la capacité du candidat à produire des analyses reproductibles, rigoureuses et bien documentées.