Thèse Distinctions Décernées par l'État et Contraintes de Souveraineté Déterminants du Conseil d'Administration des Entreprises en France - Europe et en Chine. H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université Paris-Saclay GS Economie & Management École doctorale : Droit, Economie, Management Laboratoire de recherche : LITEM - Laboratoire en Innovation, Technologies, Economie et Management Direction de la thèse : Jean-Luc MORICEAU ORCID 0000000199866549 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-09-30T23:59:59 La thèse a pour projet d'explorer comment les signaux définis par l'État (ex. : la Légion d'honneur en France) et les contraintes liées à la souveraineté (pression géopolitique, dépendance technologique) influencent les décisions stratégiques des entreprises, notamment le choix de financement, le coût du capital et l'allocation des ressources. Elle envisage de comparer deux contextes institutionnels : l'Europe (orientée parties prenantes, influencée par l'État) et la Chine (capitalisme d'État, gouvernance intégrée Parti-État).
Elle part d'un constat : les dirigeants ne sont pas seulement motivés par la rémunération ou la réputation sur les marchés. En ce cas, il s'agit d'investiguer comment les signaux étatiques (honneurs formels) et les contraintes de souveraineté (risques géopolitiques, dépendance aux technologies critiques) modifient leurs incitations, affectant les choix stratégiques (investissement, financement, innovation). Par ailleurs, l'adoption de l'IA, surtout sous contraintes de souveraineté (dépendance aux infrastructures numériques étrangères), agit probablement comme un modérateur de ces effets.
Les contributions envisagées sont les suivantes :
1. Sur les signaux étatiques : évaluer dans quelle mesure les honneurs comme la Légion d'honneur ne sont pas que symboliques. Ils créent des incitations réputationnelles pour aligner les décisions des entreprises sur les priorités de l'État (ex. : investissements dans des secteurs stratégiques).
2. Sur les contraintes de souveraineté : Prendre en compte le fait que la pression géopolitique et les régulations (ex. : souveraineté numérique en Europe) augmentent le coût du capital et transforment les choix de financement, surtout pour les entreprises dépendantes de technologies critiques.
3. Sur le rôle de l'IA : évaluer si l'adoption sous contraintes de souveraineté (ex. : dépendance au cloud étranger) amplifie ou atténue l'impact des caractéristiques des dirigeants (embedding politique, expertise) sur les décisions financières.
4. Comparaison Chine/Europe :
o En Chine, l'embedding politique est formalisé (ex. : liens avec le Parti) et influence directement l'allocation du capital.
o En Europe, l'influence de l'État passe par des signaux symboliques (honneurs) et des régulations (souveraineté technologique).
Méthodologie :
- Données : Bases BoardEx (caractéristiques des dirigeants), Compustat (données financières), CSMAR/WIND (Chine), et indicateurs de dépendance technologique/geopolitique.
- Stratégies empiriques : Modèles en panel, différences-de-différences (ex. : choc géopolitique), études d'événements (attribution d'honneurs).
- Essais :
1. Honneurs étatiques et décisions stratégiques : Impact des dirigeants décorés sur les choix de financement, d'investissement et de risque.
2. Contraintes de souveraineté et choix de financement : Comment l'embedding politique des dirigeants module l'effet des risques géopolitiques sur la structure financière.
3. Comparaison Chine/Europe : Rôle de l'IA sous contraintes de souveraineté dans la relation entre embedding politique et allocation du capital.
La thèse se situe à la croisée de littératures disjointes (gouvernance, géopolitique, IA) pour montrer que l'effet des distinctions pour les dirigeants sur les décisions stratégiques dépend du contexte étatique. Elle dépasse ainsi les analyses traditionnelles (ex. : indépendance des dirigeants) en soulignant le rôle des signaux (honneurs) et les contraintes étatiques comme déterminants clés.
La recherche proposée s'inscrit dans une interrogation devenue centrale pour les entreprises comme pour les acteurs publics : comment gouverner et financer les entreprises dans un environnement marqué par la souveraineté technologique, l'autonomie stratégique, la diffusion de l'IA et la reconfiguration des rapports entre États, marchés et technologies ? Cette question dépasse largement le seul champ académique. Elle intéresse directement les entreprises, qui doivent arbitrer entre performance, accès au financement, dépendance technologique et résilience ; les investisseurs et créanciers, qui revalorisent les risques politiques, géopolitiques et technologiques ; mais aussi les acteurs étatiques et institutionnels, qui cherchent à renforcer la compétitivité, la sécurité économique et la capacité d'action stratégique, en particulier en Europe.
Les travaux existants montrent déjà que le risque politique et le risque géopolitique influencent les décisions d'investissement, les conditions de financement et le coût du capital. D'autres recherches soulignent que la souveraineté numérique et l'autonomie stratégique structurent de plus en plus les politiques publiques européennes, en matière de finance, de données, d'infrastructures numériques et de technologies critiques. Enfin, l'IA apparaît à la fois comme un levier de croissance et d'innovation et comme un facteur nouveau de dépendance stratégique, dès lors qu'elle repose sur des données, des infrastructures cloud ou des technologies sensibles exposées à des contraintes de souveraineté.
Dans ce contexte, la gouvernance d'entreprise devient une question décisive. On sait que les conseils d'administration comptent, mais l'état actuel des connaissances reste encore fragmenté. La littérature analyse souvent séparément les caractéristiques traditionnelles des administrateurs, les connexions politiques, les risques géopolitiques ou l'adoption de l'IA. Elle explique encore insuffisamment comment ces dimensions interagissent pour façonner les décisions stratégiques des firmes. De même, les travaux sur les récompenses et distinctions portent surtout sur les dirigeants exécutifs et rarement sur les administrateurs, alors même que, dans un pays comme la France, les honneurs officiels constituent un signal institutionnalisé particulièrement intéressant pour étudier la manière dont l'État devient saillant dans la prise de décision des entreprises.
Le principal écart de la littérature est donc le suivant : nous comprenons encore mal comment les signaux définis par l'État et les contraintes de souveraineté transforment concrètement la relation entre composition du conseil et décisions stratégiques, notamment en matière de financement et d'allocation du capital. Cet écart est important, car il touche à des enjeux majeurs : la capacité des entreprises à mieux arbitrer sous contrainte, la capacité de l'Europe à renforcer sa compétitivité et sa résilience stratégique, et la capacité des décideurs publics à concevoir des politiques mieux adaptées aux nouvelles dépendances technologiques.
La comparaison entre France/Europe et Chine renforce encore l'intérêt du projet. Elle permet de comparer deux formes différentes de présence de l'État dans l'économie : d'un côté, des signaux symboliques, réglementaires et stratégiques ; de l'autre, un ancrage politique plus direct et institutionnalisé. Cette comparaison ne vise pas seulement à décrire deux modèles, mais à mieux identifier les mécanismes par lesquels la saillance de l'État modifie les décisions stratégiques des entreprises. En ce sens, la thèse ambitionne non seulement de combler un manque scientifique important, mais aussi d'apporter des résultats utiles pour comprendre comment faire mieux en matière de gouvernance, de financement, de souveraineté technologique et de compétitivité. - Comprendre comment, dans un contexte de montée de la souveraineté technologique et numérique, d'autonomie stratégique, de diffusion de l'intelligence artificielle et de fragmentation géopolitique, les caractéristiques des conseils d'administration influencent les décisions stratégiques des entreprises, en particulier les choix de financement, le coût du capital et l'allocation du capital.
- Montrer que les entreprises n'arbitrent plus seulement entre rentabilité, risque et conditions de marché, mais aussi entre dépendance stratégique, contraintes réglementaires, priorités publiques et compétitivité de long terme.
- Identifier dans quelle mesure les signaux définis par l'État (par exemple les honneurs officiels) et les contraintes liées à la souveraineté modifient les effets des caractéristiques traditionnelles des administrateurs, telles que l'indépendance, l'expertise, les réseaux ou l'ancrage politique.
- Étudier le rôle de l'IA, non seulement comme technologie de performance ou d'innovation, mais comme facteur qui peut renforcer les dépendances stratégiques des firmes et transformer la manière dont les conseils arbitrent entre financement, investissement et résilience.
- Comparer les mécanismes observés en France/Europe et en Chine, afin de distinguer ce qui relève de la gouvernance des entreprises en général et ce qui dépend plus spécifiquement de la forme prise par la présence de l'État dans l'environnement économique et institutionnel.
- Produire des résultats permettant de mieux comprendre comment les entreprises peuvent décider plus efficacement sous contrainte de souveraineté, et comment les acteurs publics, institutionnels et économiques peuvent mieux concevoir les cadres de gouvernance, de régulation et de financement favorables à la résilience, à la compétitivité européenne et à une meilleure allocation du capital. Données :
- France/Europe : BoardEx, données financières Compustat, webscrapping des données légales.
- Chine : CSMAR/WIND.
Stratégies économétriques
- Panels avec effets fixes (entreprise, année), erreurs standards robustes (cluster).
- Event-study / DID autour des attributions d'honneurs (fenêtres avant/après) ; hétérogénéités par performance, secteur régulé, salience État.
- DID exploitant changements de salience souveraineté (chocs géopolitiques, calendrier réglementaire).
- Comparaison Chine-Europe : appariement, designs par chocs de politique publique et exposition, analyses intra-pays.
Le profil recherché
- Master en finance.
- Très bon niveau en économétrie appliquée : panel, DID/event-study, identification causale, endogénéité des nominations.
- Forte capacité à manipuler des bases massives (BoardEx/Compustat/CSMAR/WIND) : nettoyage, appariements, gestion des doublons, traçabilité des constructions de variables.
- Maîtrise de Stata et Python/R.
- Intérêt pour l'articulation finance-gouvernance-institutions et pour les enjeux de souveraineté numérique/technologique en Europe et en Chine.
- Autonomie, rigueur, et capacité à écrire (articles, soumissions) et à présenter (conférences).