Les missions du poste

Établissement : Université Paris-Saclay GS Humanités - Sciences du Patrimoine École doctorale : Sciences Sociales et Humanités Laboratoire de recherche : Dynamiques Patrimoniales et Culturelles (Antiquité, Moyen-Âge, Temps Moderne) Direction de la thèse : Vincent PUECH Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-13T23:59:59 Le projet porte sur la vie religieuse en Carie, une région du sud-ouest de l'Asie Mineure, la Turquie actuelle, pendant le Haut Empire
romain, de la fin du Ier siècle avant J.-C. à la fin du IIIe siècle après J.-C. Axée sur le paysage religieux de cette région, l'étude a pour objet
d'identifier les cultes, les prêtres ainsi que le jeu des pouvoirs entre les sphères civiques, sociales et religieuses en Carie. Il y a un peu
moins de cinquante ans, un ancien membre de l'École française d'Athènes s'est proposé d'entamer un travail réalisé sous la forme d'une
thèse. En 1958, Alfred Laumonier publiait sa thèse sur les cultes indigènes en Carie. Cette étude demeure un ouvrage pilier pour tout
savant qui souhaite s'aventurer dans cette région. Cependant, cette thèse est datée, en raison des découvertes archéologiques,
épigraphiques et numismatiques foisonnantes qui ont eu lieu depuis mais aussi en raison de son approche très classique, résultant en un
catalogue de divinités indigènes, classées géographiquement, limitant ainsi les réseaux existant entre les zones intérieures de la Carie et
ne prenant pas en compte les autres caractéristiques de la vie religieuse. L'auteur présentait alors une Carie divisée entre des côtes plus
hellénisées et un intérieur plus traditionnaliste, ainsi qu'une hétérogénéité cultuelle, aussi bien pour les origines des cultes que pour
l'absence éventuelle de traits typiquement cariens. Étudier la vie religieuse de la Carie dans son ensemble, en prenant donc en compte
d'autres éléments que les cultes indigènes comme le culte impérial, les cultes gréco-romains importés, les structures cultuelles ou encore
le problème des relations entre les sphères civiques et religieuses, nous permettrait d'en inférer si certains aspects cultuels sont
spécifiquement Cariens ou s'ils proviennent des nombreux contacts de la Carie avec divers peuples. En outre, il faudra approfondir l'étude
des réseaux entre les cités et régions de la Carie, dont la topographie irrégulière rajoute un élément de disparité religieuse à prendre en
compte. L'analyse de l'ancrage du culte impérial en Carie approfondira la question de la construction impérialiste romaine dans cette
région, avec laquelle a su trouver et maintenir des liens étroits, notamment avec la cité d'Aphrodisias, qui a laissé un corpus épigraphique
conséquent, publié sous la forme d'une base de données en 2007, Inscriptions of Aphrodisias (2007), regroupant la presque intégralité des
inscriptions retrouvées au sein du territoire de la cité, décrivant bien ainsi un renouveau des sources depuis la thèse de Laumonier. La
mise en place du culte impérial, et l'influence de son arrivée dans les sanctuaires et cultes déjà présents est à concevoir, surtout dans une
région où l'hellénisation de ses terres et cités ne fut pas homogène. La question du rapport entre les sphères religieuse et civique est
d'autant plus importante dans le contexte du Haut Empire romain, où le phénomène de domination conjointe par certaines familles est de
plus en plus commun. Il faut considérer le cumul des charges civiques et religieuses, ainsi que la pratique de la bienfaisance matérielle
(évergétisme) pour tenter de délimiter ces fines relations entre la vie civique et la vie religieuse. Ce travail demande une approche
pluridisciplinaire de l'ensemble des données liées à la vie religieuse de cette région. En effet, dans le cadre de cette étude nous croiserons
les différents types de sources disponibles pour la Carie, l'épigraphie, la numismatique, la philologie, l'archéologie, l'iconographie, afin
d'aboutir à une vision globale de la vie religieuse en Carie sous le Haut-Empire romain.
La thèse de Laumonier en 1958 s'inscrivait dans le contexte d'un regain historiographique sur l'Asie Mineure gréco-romaine mené par un
couple d'épigraphistes et historiens français, Jeanne et Louis Robert. Depuis les années 1930 jusqu'aux années 1980, ils n'ont cessé
d'alimenter la recherche avec des publications regroupant des données topographiques, épigraphiques, numismatiques, géographiques,
archéologiques, plus particulièrement sur les cités et la religion, et notamment sur la région de la Carie. Il faut évoquer Le sanctuaire du
dieu Sinuri près de Mylasa (1945) ; La Carie, II, Le plateau de Tabai (1954) ; Fouilles d'Amyzon en Carie (1983) mais surtout la série
d'ouvrages Hellenica, Recueil d'épigraphie de numismatique et d'antiquités grecques, en treize volumes, dont la majeure partie traite de
l'Asie Mineure et en particulier de la Carie et de ses cités. Dans ses travaux, Louis Robert insistait sur l'importance de l'apport
géographique, à joindre sans hésiter aux éléments « purement » historiques. Dans le sillage des écrits du couple Robert, les catalogues
épigraphiques et numismatiques concernant les cités, sanctuaires et centres culturels abondent pour toute la Carie ainsi que pour les
autres régions de la province romaine d'Asie, comme la base de données Inscriptions of Aphrodisias (2007) déjà évoquée ou encore le
Roman Provincial Coinage online, site internet développé en 2005, regroupant près de 420 000 monnaies civiques frappées dans les
provinces de l'empire romain. Des ouvrages et articles sur la Carie continuent à être produits à la fin du XXe siècle : beaucoup de travaux
se tournent vers la recherche sur l'origine des Cariens et leurs liens avec d'autres peuples. Récemment, au XXIe siècle, les monographies
religieuses centrées sur une divinité étudiée dans l'environnement carien voient le jour : les ouvrages respectifs de Joy Rivault, Zeus en
Carie, et de Cécile Nissen, Entre Asclèpios et Hippocrate. Étude des cultes guérisseurs en Carie, fruits de thèses soutenues, alimentent la
question de l'origine des divinités, pratiques et signes cariens à travers des travaux appréhendant la figure divine sous de multiples angles
pluridisciplinaires. Un autre ouvrage, de Gabrielle Frija (co-directrice de cette thèse), Les prêtres des empereurs. Le culte impérial civique
Thématique / Domaine / Contexte
dans la province romaine d'Asie, recense tous les prêtres du culte impérial mis en place par les cités dans la province romaine d'Asie, et
donc s'intéresse à la Carie. En outre, l'autrice y établit des éléments structurels, institutionnels, religieux, en rapport avec l'activité rituelle
et proprement sacerdotale ainsi qu'un portrait social, pointant ainsi l'importance du lien entre les différents aspects, pas uniquement
religieux, entourant la place du prêtre dans la vie religieuse d'une cité, d'une région. Encore maintenant, fouilles, recherches et ouvrages
s'accroissent : en 2023, des fouilles à Aphrodisias, en Carie, ont révélé une tête massive d'un Zeus ; la Mission archéologique de
Labraunda en Carie, s'étant terminée en 2019, a permis de mettre au jour l'un des sites religieux les plus importants de Carie ; en 2020, la
Carie fut l'objet d'une étude approfondie sur ses origines, Karialilar : Denizcilerden kent kuruculara (The Carians : from Seafarers to City
Builders), retraçant autant que faire se peut l'histoire de son peuple depuis l'âge archaïque. L'objectif de cette étude est de saisir la vie religieuse en Carie sous le Haut-Empire romain. Tout d'abord, il s'agira de détecter les cultes
gréco-romains, indigènes, mais aussi les autres cultes n'appartenant pas à ces deux catégories, notamment à travers l'étude des surnoms
(épiclèses) des divinités adorées mais aussi par le croisement des sources archéologiques, numismatiques et épigraphiques à l'intérieur et
hors de la Carie. Cette étude s'interrogera aussi sur les éléments en lien avec les cultes, qu'ils leur soient inhérents ou communs à
d'autres, afin de déterminer le plus objectivement possible des signes religieux cariens et de remettre à jour la question du phénomène
d'acculturation en Carie qui repose aussi sur l'examen des relations entre les différentes cultures en contact, déjà présentes ou arrivées
graduellement, jusqu'à la période impériale observée. Il ne s'agira pas uniquement de cataloguer ces divinités, mais d'explorer
collectivement leurs réalités cultuelles afin d'apercevoir une identité religieuse. L'analyse des sanctuaires, grands temples ou petits foyers,
et les réseaux existant entre ces centres religieux sera tout autant importante pour saisir la vie religieuse en Carie. L'étude des centres
religieux dans leur contexte cultuel afin d'en déterminer les structures et personnels permettra de faire ressortir d'éventuelles similitudes
entre les différents centres religieux. Enfin, il sera nécessaire de déterminer le rapport entre les aspects civique, social et religieux de
l'histoire de la Carie, notamment à travers les différents types de dédicaces, la pratique de l'évergétisme ou le cumul des charges civiques
et religieuses. Le calendrier prévisionnel se tiendra sur trois ans. La première année consistera à regrouper les sources. La deuxième
année verra des enquêtes sur le terrain, en Carie, donc dans la Turquie actuelle, afin de s'imprégner des sites archéologiques. La
troisième année se consacrera à l'écriture de la thèse.
Etablissement du corpus de tous les types de sources concernant la vie religieuse de la Carie sous le Haut Empire romain, croisement des
données, rédaction d'une synthèse à la fois géographique et thématique.

Le profil recherché

Maîtrise de l'histoire générale du Haut Empire romain et de l'épigraphie grecque d'époque romaine. Capacité à utiliser les publications
philologiques, archéologiques, iconographiques et numismatiques.

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