Thèse Comprendre les Conséquences à Long Terme sur la Santé des Parcours Professionnels Précaires et des Expositions Professionnelles Multiples sur les Limitations Fonctionnelles en France H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Paris-Saclay GS Santé publique École doctorale : Santé Publique Laboratoire de recherche : Mortalité, Santé, Epidémiologie Direction de la thèse : Emilie COUNIL ORCID 0000000285274662 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-08T23:59:59 Les inégalités sociales en matière de santé sont le fruit de multiples mécanismes interdépendants qui s'exercent tout au long de la vie. L'épidémiologie du travail et l'épidémiologie sociale s'accordent pour identifier l'emploi et les conditions de travail comme facteurs clés des disparités en matière de santé, agissant à la fois comme médiateurs de la situation socio-économique et comme déterminants indépendants de la santé à long terme (1,2). Parmi ces conditions, la précarisation de l'emploi, caractérisée par l'instabilité professionnelle, les contrats à court terme, le sous-emploi et les bas revenus, est de plus en plus reconnue comme une exposition structurelle ayant des conséquences cumulatives sur la santé (3,4).
Parallèlement, l'exposition aux risques professionnels, y compris les facteurs de risque physiques, chimiques, biomécaniques et psychosociaux, constitue un deuxième déterminant de la charge de morbidité liée au travail (5). Ces deux dimensions ne sont pas indépendantes : les trajectoires d'emploi précarisées ont tendance à se concentrer chez les travailleurs qui sont également confrontés aux profils de risques professionnels les plus pénibles, créant ainsi des vulnérabilités combinées qui sont rarement étudiées conjointement au cours de la vie active et au-delà.
Ce projet de recherche doctorale propose d'appliquer le cadre épidémiologique du parcours de vie à l'étude conjointe des trajectoires d'emploi précarisées et des profils d'exposition professionnelle, en examinant leurs contributions combinées et indépendantes au développement de limitations fonctionnelles à l'âge adulte. Conformément au double paradigme de la causalité sociale et de la sélection en matière de santé (6), nous postulons que la relation entre le travail précaire et les limitations fonctionnelles est probablement bidirectionnelle : de mauvaises conditions d'emploi et de travail peuvent entraîner des troubles physiques et fonctionnels durables, tandis que des problèmes de santé préexistants peuvent orienter les individus vers des emplois plus précaires sur le marché du travail. Pour ce faire il mobilise les vastes données médico-administratives appariées de l'EDP-Santé et des méthodologies d'analyses avancées en socio-épidémiologie.
Ce projet permettra également de mettre en évidence les lacunes de l'infrastructure actuelle des données administratives et pourrait servir de base à des recommandations concernant de nouvelles enquêtes ciblées ou des mécanismes supplémentaires de collecte de données. L'emploi précaire s'est considérablement développé sur les marchés du travail européens au cours des trois dernières décennies, sous l'effet de transformations structurelles telles que la multiplication des contrats à durée déterminée, le travail sur les plateformes numériques et la déréglementation du marché du travail (7). En France, environ un salarié sur dix est titulaire d'un contrat à durée déterminée ou d'un contrat temporaire, et les allers-retours entre l'emploi et le chômage sont fréquents, notamment parce que les contrats à durée déterminée et les contrats temporaires représentent une part importante des nouvelles embauches et des non-renouvellements (8).
Un nombre croissant de publications établit un lien entre l'emploi précaire et des conséquences néfastes sur la santé, notamment une mauvaise perception de son état de santé, une détérioration de la santé mentale, des troubles musculo-squelettiques et un risque accru d'accident (9,10). Cependant, la plupart des études existantes s'appuient sur des plans d'étude transversaux ou des périodes de suivi courtes et se concentrent sur des dimensions isolées de la précarité, ne parvenant pas à saisir la nature cumulative et évolutive de l'instabilité professionnelle tout au long de la vie active. En France, la cohorte Constances a fourni des informations prospectives et rétrospectives précieuses sur les effets néfastes sur la santé du chômage cumulé (11,12) ainsi que des parcours professionnels défavorables (13,14).
Les limitations fonctionnelles, définies comme des restrictions des fonctions - qu'elles soient motrices, organiques, mentales, intellectuelles ou cognitives - affectant les activités de la vie quotidienne, constituent un indicateur de santé important mais encore peu étudié dans ce contexte, susceptible d'entraîner un handicap (15). Elles se situent à la croisée de la santé physique et mentale, du handicap et de la participation au marché du travail, avec des conséquences significatives pour le système de protection sociale, la retraite et la qualité de vie. En France, l'algorithme de l'IRDES appliqué aux données d'utilisation des soins de santé du SNDS permet désormais aux chercheurs de classer les individus selon qu'ils présentent une limitation fonctionnelle confirmée, potentielle ou nulle, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités analytiques pour la recherche socio-épidémiologique à grande échelle (16,17).
Les profils d'exposition professionnelle, utilisés pour classer les travailleurs en fonction de leur charge de risque cumulative dans plusieurs domaines (physique, chimique, biomécanique, psychosocial), offrent un angle d'analyse complémentaire. Des travaux récents en France ont identifié des profils d'exposition multiples distincts qui suivent étroitement les gradients socio-économiques (18). Cependant, leur intersection avec des parcours professionnels précarisés reste mal documentée.
L'utilisation de sources de données administratives de grande dimension, longitudinales et représentatives viendrait compléter les résultats existants en élargissant la couverture des personnes occupant les échelons inférieurs du marché du travail, qui sont souvent sous-représentées dans les échantillons sélectionnés sur la base d'études menées auprès de volontaires. 1. Décrire et classer les trajectoires d'emploi précarisées issues de données administratives, et caractériser leur répartition sociodémographique au sein de la population étudiée.
2. Estimer l'association entre les trajectoires d'emploi précarisées et la survenue de limitations fonctionnelles (confirmées ou potentielles), et examiner si les profils d'exposition aux risques professionnels modifient cette association.
3. Explorer la relation inverse, à savoir si des limitations fonctionnelles préexistantes prédisent l'entrée ultérieure dans un emploi précaire ou la persistance dans un tel emploi, à l'aide de modèles longitudinaux bidirectionnels. Sources de données
Ce projet s'appuiera sur l'EDP-Santé, une base de données rétrospective et longitudinale issue de l'appariement de l'Échantillon Démographique Permanent (EDP) avec les données sur la consommation de soins issues du Système national de données de santé (SNDS). L'EDP est un échantillon représentatif d'environ 3,7 millions de personnes vivant en France (hors Mayotte), intégrant des données issues des fichiers fiscaux, des registres de recensement, des listes électorales, de l'état civil et des panels de salariés et de travailleurs indépendants de l'INSEE.
L'accès aux données pseudonymisées est sécurisé par le CASD.
Population étudiée
Nous constituerons une cohorte rétrospective d'individus âgés de 18 à 55 ans ayant connu au moins une période d'emploi salarié entre 2008 et 2019. L'année 2020 sera exclue en raison de l'impact perturbateur de la pandémie de COVID-19 sur l'emploi et le recours aux soins de santé. Le couplage annuel des sources de données sur cette période permettra de modéliser conjointement les trajectoires d'emploi et de santé.
Le profil recherché
- Master 2 de Santé Publique/Epidémiologie/Statistiques ou formation équivalente en Sciences Sociales quantitatives
- Compétences statistiques avancées et intérêt pour l'analyse statistique de données massives
- Autonomie d'organisation
- Travail en équipe
- Expression orale et écrite en anglais scientifique, lecture du français
- Communication rigoureuse des démarches et résultats de recherche
- Intérêt pour l'épidémiologie sociale, les inégalités sociales de santé, et la santé-travail