Thèse les Contaminants 'Émergents' Comme Objet des Sciences de l'Environnement Recherches Controverses et Risques H/F - Doctorat.Gouv.Fr
- CDD
- Doctorat.Gouv.Fr
Les missions du poste
Établissement : Université Paris-Saclay GS Sociologie et Science Politique École doctorale : Sciences Sociales et Humanités Laboratoire de recherche : Laboratoire Professions, Institutions, Temporalités Direction de la thèse : Morgan JOUVENET ORCID 0009000940352346 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-13T23:59:59 Les recherches sur les contaminants « émergents » (microplastiques, PFAS, nanoparticules, résidus pharmaceutiques) occupent une place de plus en plus importante dans les sciences de l'environnement (SE) depuis l'apparition de cette catégorie dans la littérature scientifique, il y a 30 ans (Noguera-Oviedo, Aga 2016). Cette catégorie désigne un ensemble de substances en constante évolution, dépendant des connaissances disponibles, et donc des savoir-faire, instruments et politiques scientifiques (Deblonde, Cossu-Leguille, Hartemann 2011; Stuart et al. 2012; Sauvé, Desrosiers 2014). Autrement dit, le développement de ces recherches s'inscrit dans un « contexte de motivation » (Oreskes 2003) particulier, mêlant logiques scientifiques et politiques, mais aussi médiatiques, en lien avec la crise environnementale actuelle.
Du point de vue de la sociologie des sciences, l'étude des contaminants « émergents » (CE) s'inscrit dans le « tournant préventif » des SE , qui décrit un déplacement du regard de l'« aval » des actions humaines vers l'« amont » (Wynne 1992). Cela dit, le classement d'une substance comme « contaminante » ne va pas de soi. En pratique, c'est l'incertitude qui entoure leurs propriétés et leurs effets néfastes « en aval » qui le justifie. Or une telle catégorisation n'est pas un acte bénin : il s'agit à la fois de rendre visible l'invisible, d'orienter et d'organiser les connaissances (Bowker, Star 1999). Elles ont le pouvoir d'orienter les pratiques scientifiques et de légitimer l'étude d'un objet au profit d'un autre.
Aujourd'hui, la liste des CE varie en fonction des avancées techniques et des découvertes les concernant, et les standards de recherche assurant la cumulativité des études ne semblent pas stabilisés. Ainsi, les méthodes de détection et de quantification varient d'un laboratoire à l'autre, et produisent souvent des résultats difficilement comparables, ce qui alimente les désaccords. Ces divergences s'expliquent notamment par l'existence de « cultures épistémiques », de manière de faire la science propres à chaque discipline (Knorr-Cetina 1991). En outre, les manières d'étudier un même objet peuvent différer ou converger selon les contextes scientifiques, contribuant à l'instabilité des connaissances (Bonneuil 2006). Pour la sociologue des sciences, ces controverses constituent des moments privilégiés pour observer la science « en train de se faire » (Latour 1987), lorsque les faits ne sont pas encore stabilisés et que les méthodes et les interprétations sont discutées.
Ce projet vise à analyser les dynamiques de la recherche sur les CE : comment ils sont construit et discutés comme objets scientifiques, mais aussi comme souci politique et médiatique. Comment des objets suscitant encore autant d'incertitudes et d'intérêts sont-ils devenus des objets scientifiques légitimes ?
L'enquête se situera en France et exploitera plusieurs méthodes. Un premier objectif sera de quantifier et de qualifier l'essor de la notion de CE en France. Il s'agira, dans une démarche sociohistorique, de retracer l'apparition et la diffusion du concept à partir d'un corpus de publications scientifiques. L'enquête sera aussi qualitative, afin de de retracer la « biographie » scientifique de plusieurs CE, leur histoire en tant qu'objets scientifiques ou « choses épistémiques » (Rheinberger 1997). Des entretiens semi-directifs seront réalisés auprès de chercheurs en SE afin d'analyser les pratiques de leurs communautés d'appartenance, leurs critères de validation et manières de définir ces objets. Des observations seront réalisées dans les laboratoires et sur le terrain, mais aussi lors d'évènements scientifiques, tels que des colloques, notamment afin d'analyser les débats internes à la communauté scientifique, et de nourrir une cartographie des controverses (Venturini 2010; Latour 1987) sur le sujet (ceci notamment dans une perspective comparative, avec l'histoire des recherches sur le tabac ou le climat). Inscription dans les forces de recherche du laboratoire Printemps, UMR8085, et dans les réseaux de recherche sur les sciences de l'environnement. Produire une sociologie historique de la production des connaissance sur les contaminants 'émergents' en France
Le profil recherché
M2 avec une bonne connaissance des sciences studies, et savoir-faire d'enquête