Les missions du poste

Établissement : Université Paris-Saclay GS Humanités - Sciences du Patrimoine École doctorale : Sciences Sociales et Humanités Laboratoire de recherche : Centre d'Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines Direction de la thèse : Cécile COQUET-MOKOKO ORCID 0000000245251730 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-04-30T23:59:59 Ce projet de thèse constitue une étude comparative inédite entre Atlanta (ÉtatsUnis) et
l'ÎledeFrance sur la santé mentale et la négociation identitaire des femmes noires en couple
mixte, analysées sous le prisme du traumatisme générationnel hérité de l'esclavage, de la
colonisation et du racisme systémique. Audelà du cadre légal, le mariage mixte demeure une
question hautement sensible qui confronte ces femmes à une injonction contradictoire :
concilier l'autonomie individuelle avec les attentes de loyauté communautaire, façonnées par
une histoire d'oppression où le corps de la femme noire fut historiquement un lieu de contrôle
et d'exploitation.

En mobilisant l'intersectionnalité de Kimberlé Crenshaw et la « matrice de
domination » de Patricia Hill Collins, cette recherche refuse toute analyse réductrice pour
mettre en évidence comment racisme, sexisme et classisme s'entrecroisent pour produire une
stigmatisation disproportionnée, le fameux double standard genré, où les hommes noirs
bénéficient d'une indulgence sociale absente pour les femmes. Le cadre théorique articule ces
structures sociales aux dynamiques psychiques, explorant comment le traumatisme
générationnel, loin d'être passif, fait l'objet d'une « renégociation active » et d'une «
réinterprétation créative » à chaque génération. La thèse souligne une divergence contextuelle
majeure : si les ÉtatsUnis nomment explicitement la race, le modèle républicain français de
« cécité à la race » invisibilise les hiérarchies, générant un sentiment de gaslighting
institutionnel qui fragilise davantage la santé mentale des populations afrodescendantes.

Au coeur de ce travail se trouvent les réseaux sociaux (TikTok et X), conçus non comme de
simples outils de communication, mais comme des « agents sociaux » coconstructeurs des
discours identitaires par leur architecture et leurs algorithmes d'amplification. Le corpus
numérique, couvrant la période 20132024, permet d'observer comment TikTok favorise une
esthétisation de la mixité via des formats multimodaux (vidéos courtes, danses) créant des «
homespaces » sécurisés, tandis que X, via le contrepublic de Black Twitter, structure des
débats textuels intenses sur la « trahison raciale ». L'analyse méthodologique, rigoureuse et
multimodale, combine ethnographie numérique, analyse de sentiment (TAL) et entretiens
semidirectifs auprès de 60 femmes (30 par zone géographique, âgées de 20 à 40 ans) pour
confronter les discours en ligne aux récits vécus. Elle intègre des variables intersectionnelles
cruciales telles que la classe, l'orientation sexuelle (LGBTQ+), ou encore la religion et la
région afin de dépasser les analyses hétéronormées et essentialistes. Ce travail explore
également l'ambivalence du numérique : si le talkingback (bell hooks) et la création de
communautés (#BlackGirlMagic) soutiennent la résilience, les mécanismes de callout
culture, la viralité et l'ostracisation enferment parfois les utilisatrices dans des « chambres
d'écho » (echo chambers) provoquant des effets délétères sur la santé mentale (anxiété, honte,
hypervigilance).

En documentant comment l'identité raciale est « faite » en ligne, cette thèse
apporte une contribution empirique inédite à la cartographie de l'agentivité numérique. Enfin,
les retombées visées sont directement appliquées à la prévention en santé publique : en
identifiant les leviers de résilience numérique et les spécificités du traumatisme racial, ce
travail ambitionne de formuler des recommandations cliniques et sociales pour adapter l'offre
de soins en ÎledeFrance et aux ÉtatsUnis, transformant ainsi le savoir académique en un
outil de protection et de promotion de la santé mentale pour les populations exposées à ces pressions structurelles. Ce travail s'inscrit dans la suite de ma propre étude sur les représentations et perceptions de soi des couples noirs-blancs en Alabama et en France. Il porte sur une génération différente (la Gen Z) tandis que mon travail portait sur la Gen X et les Millennials, et sur un rapport aux médias sociaux qui a radicalement évolué depuis le confinement imposé par la pandémie, qui a vu émerger TikTok en particulier dans les minorités racisées aux Etats-Unis comme en France. Etudier la place du trauma et des discours prescriptifs dans les performances, discours et interactions en ligne de femmes afro-descendantes exprimant leurs points de vue sur les couples interraciaux

Le profil recherché

Ce projet de thèse est celui que m'a soumis Madame Marilou Henry. Le profil et les compétences recherchées sont les siens.

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